Te souviens-tu Mandjao, mon frère, de ce jour où nous avons échangé le miel? Toi, me faisant goûter ce miel sombre et grisant des mélipones forestières, moi, le miel ambré des abeilles du Mont Parnasse et de Delphes? Te souviens-tu, aussi, de cette « case de Passage » quadrangulaire, dans la concession européenne du chantier de Pokola, où se déroulaient nos longs entretiens? De ses murs de parpaings, de son casque de tôle ondulée et de son climatiseur bruyant?
Tu m'expliquais alors, que vous, les Aka, ne bâtissiez jamais ainsi! Mais, toujours coupôlaire et léger, en moins d'une heure et pour quelques semaines, chaque fois. Ce, avec de longues badines entrelacées et de vertes et larges feuilles de « ngongo » (marantacées). Tuiles naturelles que vous disposez en spirale comme les écailles du pangolin. Une construction discrète, en harmonie avec le milieu forestier et à l'échelle des fiers pygmées que vous êtes.
Et de cette « image » que je te montrais? Oui!... Paris... ma ville.
Devant ce monstre sans âme, de béton et de verre, aux si rares îlots de verdure, tu faillis suffoquer! Sans l'ombrage de géants et sa faune exubérante, pour toi, « impossible d'y survivre... »
Cher Mandjao, tu seras heureux d'apprendre qu'aujourd'hui, partout en Occident, nous commençons à changer de braquet, à découvir les vertus ancestrales des matériaux naturels: du bois, de la paille, du chanvre, du lin, du liège ou du bambou.
Et nous parlons de « développement durable », d'« écologie », d'« éco-construction », de « bio-climatisme », de « haute qualité environnementale » et même de « green tech »...
En fait, nous réapprenons à respecter la Nature, l'Environnement et notre Terre-Mère. Ce que vous, « peuple du pays des arbres », pratiquez si intelligemment depuis... plus de quatre millénaires!
